lundi 2 mars 2015


  Extrait :"LA CITÉ D'AIRAIN". Livre audio voix de l'auteur

..... "Ce matin elle n’était pas en retard, elle irait donc rejoindre son bureau à pied. Envie de regarder de plus près la ville qu’elle ne remarquait même plus.
  Une foule se pressait et se bousculait sur des trottoirs étroits comme des rubans, luisants de pluie huileuse. Tout était en camaïeux de gris argent métallique. Les immeubles ternes grimpaient si haut que le ciel  était hors de vue. Mais cela n’avait aucune importance puisqu’il était aussi fade et délavé que les structures et armatures de béton et d’acier, tubulures entrecroisées, immenses tentacules comme  des pieuvres qui envahissaient la ville. Les  néons  fluorescents  crachaient en clignotant une lumière ardente qui brûlaient les yeux,  racoleurs  et vulgaires au jaune trop vif et vert agressif, aux stops rouges sanglants sortis de l’enfer, interdits sous peine de poursuites et  danger de mort. A même la chaussée d’infernales fumées blanchâtres s’échappaient  de trous profonds recouverts de grilles cadenassées et les passants pressés posaient leurs masques sur leurs visages blafards tant les émanations étaient âcres et soulevaient le cœur. Et tous hâtaient le pas sans regarder autour d’eux en ordre de marche et disciplinés comme les soldats en route pour la fourmilière. Elem se souvint de ce livre illustré qu’enfant elle feuilletait  intriguée. L’histoire se passait dans une cité étrange née des ténèbres et que le soleil boudait, elle portait le même nom : Insilico. Il y pleuvait sans cesse et le ciel était comme ici dans sa ville à elle, toujours éternellement anthracite. De même il n’y avait pas l’ombre d’un square, ou d’un jardin public, d’un banc, d’un seul arbre, même pas d’un brin de mauvaise herbe… on ne connaissait pas de printemps aux couleurs tendres, d’automnes roussis, de chants d’oiseaux comme dans ces contes désuets pour enfants. Les rires des bambins eux aussi se taisaient. On ne les voyait jamais, cantonnés probablement dans des aires aménagées spécialement pour eux, plantées  d’arbres en plastique, de fleurs en silicone, d’un soleil de néon, de  fleurs de crépon et d’animaux en peluche.

  Elem, trempée jusqu’aux os regrettait de n’avoir pas pris le train souterrain quand elle pénétra l’austère hall de marbre délavé du Ministère de la Surveillance. Elle s’empressa de présenter la puce électronique implantée à son poignet droit au comptoir de contrôle puis pressa le pas dans la section B du quatrième  sous-sol. Il était 7 heures 3 minutes. Trois minutes de retard......."

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